viernes, 21 de agosto de 2015

“Les fleurs du mal”, L'ALBATROS, de Charles Baudelaire

CIV. L'ALBATROS

Souvent, pour s'amuser, les hommes d'equipage
Prennent des albatros, vastes oiseaux des mers,
Qui suivent, indolent companyons de voyage,
Le navire glissant sur les gouffres amers.

A peine les ont-ils déposés sur les planches,
Que ces rois de l'azur, maladroits et honteux,
Laissent piteusement leurs grandes ailes blanchez
Comme des avirons traîner à côté d'eux.

Ce voyageur ailé, comme il est gauche et veule!
Lui, naguère si beau, qu'il est comique et laid!
L'un agace son bec avec un brûle-guele,
L'autre mime, en boitant, l'infirme qui volait!

Le Poëte est semblable au prince des nuées
Qui hante la tempéte et se rit de l'archer;
Exilé sur le sol au mileu des huées,
Ses ailes de géant l'empechent de marcher.

Charles Baudelaire, Les fleurs du mal, 1837.


CIV. EL ALBATROS

Suelen los marineros, por divertirse un rato,
Dar caza a los albatros, grandes aves marinas,
Que siguen, indolentes compañeros de viaje,
A la nave que surca los abismos amargos.
Apenas los colocan encima de cubierta,
Estos reyes del cielo, torpes y avergonzados,
Penosamente dejan arrastrar junto a ellos,
Como remos de barca, sus grandes alas blancas.

Este alado viajero, ¡qué desmañado y débil!
Otrora tan hermoso, ¡qué feo y qué grotesco!
¡Quema al ave su pico uno con su cachimba,
Otro imita, renqueando, al cojo que volaba!

El Poeta es análogo al señor de las nubes
Que frecuenta tormentas y burla al ballestero;
Exiliado en la tierra, y en medio de abucheos,
Sus alas de gigante le impiden caminar.

Charles Baudelaire
(Versión de Pedro Casas Serra)

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