sábado, 8 de agosto de 2015

“Les fleurs du mal”, SPLEN (Pluviòse, irrité contre la ville entière...), de Charles Baudelaire

LIX. SPLEEN

Pluviôse, irrité contre la ville entière,
De son urne à grands flots verse un froid ténébreux
Aux pâles habitants du voisin cimetière
Et la mortalité sur les faubourgs brumeux.

Mon chat sur le carreau cherchant une litière
Agite sans repos son corps maigre et galeux;
L'âme d'un vieux poëte erre dans la gouttière
Avec la triste voix d'un fantôme frileux.

Le bourdon se lamente, et la bûche enfumée
Accompagne en fausset la pendule enrhumée,
Cependant qu'en un jeu plein de sales perfums,

Héritage fatal d'une vieille hydropique,
Le beau valet de coeur et la dame de pique
Causent sinistrement de leurs amours défunts.

Charles Baudelaire, Les fleurs du mal, 1837.


LIX. SPLEEN

Pluvioso, enfurecido con la ciudad entera,
Sobre los habitantes del cementerio próximo
Un frío tenebroso echa desde su ánfora
Y la mortalidad por los barrios brumosos.

Sobre el piso, mi gato, buscando una yacija,
Agita sin reposo su magro y sucio cuerpo;
El alma de un poeta yerra por el desagüe
Con el triste sonido de un fantasma friolero.

La campana se queja, y el humeante leño
Acompaña en falsete al reloj resfriado,
A pesar de que en juego lleno de agrios perfumes,

Testamento fatal de una hidrópica anciana,
El mozo de la sota y la dama de pica
Hablan siniestramente de sus amores muertos.

Charles Baudelaire
(Versión de Pedro Casas Serra)

viernes, 7 de agosto de 2015

“Les fleurs du mal”, LES CHATS, de Charles Baudelai4e

LVI. LES CHATS

Les amoureux fervents et les savants austères
Aiment également, dans leur mûre saison,
Les chats puissants et doux, orgueil de la maison,
Qui comme eux sont frileux et comme eux sédentaires.

Amis de la science et de la volupté,
Ils cherchent le silence et l'horreur des ténèbres;
L'Erèbe les eût pris pour ses courriers funèbres,
S'ils pouvaient au servage incliner leur fierté.

Ils prennent en songeant les nobles attitudes
Des grands sphinx allongés au fond des solitudes,
Qui semblent s'endormir dans un rêve sans fin;

Lours reins féconds sont pleins d'étincelles magiques,
Et de parcelles d'or, ainsi qu'un sable fin,
Étoilent vaguement leurs prunelles mystiques.

Charles Baudelaire, Les fleurs du mal, 1837.


LVI. LOS GATOS

Los amantes fervientes y los austeros sabios
gustan por un igual, en su estacion madura,
Gatos fuertes y dulces, orgullo de la casa,
Frioleros como ellos y como ellos estáticos.

Amigos de la ciencia y la sensualidad,
Persiguen el silencio y el horror de las sombras;
Erebo los cogiera para correos fúnebres,
Si, pudieran al yugo inclinar su altivez.

Toman al meditar las actitudes nobles
De las grandes esfinges en hondas soledades,
Que parecen dormir un sueño sin final;

De sus fecundos lomos surgen centellas mágicas,
Y partículas de oro, como una arena fina,
Estrellan vagamente sus místicas pupilas.

Charles Baudelaire
(Versión de Pedro Casas Serra)

jueves, 6 de agosto de 2015

“Les fleurs du mal”, À UNE DAME CRÉOLE, de Charles Baudelaire

LIV. À UNE DAME CRÉOLE

Au pays perfumé que le soleil caresse,
J'ai connu, sous un dais d'arbres tout empourprés
Et de palmiers d'où pleut sur les yeux la paresse,
Une dame créole aux charmes ignorés.

Son teint est pâle et chaud; la brume enchanteresse
A dans le cou des airs noblement maniérés;
Grande et svelte en marchant comme une chasseresse,
Son sourire est tranquille et ses yeux assurés.

Si vous alliez, Madame, au vrai pays de gloire,
Sur les bords de la Seine ou de la verte Loire,
Belle digne d'orner les antiques manoirs,

Vous feriez, à l'abri des ombreuses retraites,
Germer mille sonnets dans le coeur des poëtes,
Que vos grands yeux rendraient plus soumis que vos noirs.

Charles Baudelaire, Les fleurs du mal, 1837.


LIV. A UNA DAMA CRIOLLA

En un país fragante que acaricia el sol,
He visto, bajo un palio de árboles color púrpura
Y palmeras de donde desciende la pereza,
Una dama criolla de ignorados encantos.

De tez caliente y pálida; la morena hechicera
Tiene en el cuello aires noblemente oscilantes;
Alta y esbelta andando como una cazadora,
Su sonrisa es tranquila y sus ojos seguros.

Señora, si vos vais al país de la gloria,
A la orilla del Sena o a la del verde Loira,
Bella digna de ornar sus antiguas mansiones,

Haríais, al abrigo de umbrosas enramadas,
Germinar mil sonetos en almas de poetas,
Que a vos se rendirían cual servidores negros.

Charles Baudelaire
(Versión de Pedro Casas Serra)

miércoles, 5 de agosto de 2015

“Les fleurs du mal”, LE CHAT (Dans ma cervelle se promène...), de Charles Baudelaire

XLVII. LE CHAT

I

Dans ma cervelle se promène,
Ainsi qu'en son appartement,
Un beau chat, fort, doux et charmant.
Quand il miaule, on l'entend à peine,

Tant son timbre est tendre et discret;
Mais que sa voix s'apaise ou gronde,
Elle est toujours riche et profonde.
C'est là son charme et son secret.

Cette voix, qui perle et qui filtre
Dans mon fonds le plus ténébreux,
Me remplit comme un vers nombreux
Et me réjouit comme un philtre.

Elle endort les plus cruels maux
Et contient toutes les extases;
Pour dire les plus longues phrases
Elle n'a pas besoin de mots.

Non, il n'est pas d'archet qui morde
Sur mon coeur, parfait instrument,
Et fasse plus royalement
Chanter sa plus vibrante corde,

Que ta voix, chat mystérieux,
Chat séraphique, chat étrange,
En qui tout est, comme en un ange,
Aussi subtil qu'harmonieux!

II

-De sa fourrure blonde et brune
Sort un parfum si doux, qu'un soir
J'en fus embaumé, pour l'avoir
Caressée une fois, rien qu'une.

C'est l'esprit familier du lieu;
Il juge, il préside, il inspire
Toutes choses dans son empire;
Peut-être est-il fée, est-il dieu?

Quand mes yeux, vers ce chat que j'aime
Tirés comme par un aimant,
Se retournent docilement
Et que je regarde en moi-même,

Je vois avec étonnement
Le feu de ses prunelles pâles,
Clairs fanaux, vivantes opales,
Qui me contemplent fixement.

Charles Baudelaire, Les fleurs du mal,1837.


XLVII. EL GATO

I

Por mi mente se pasea,
Igual que en su apartamento,
Un gato hermoso, fuerte, dulce y encantador.
Cuando maulla, apenas se le oye,

Tan tierno y discreto es su sonido;
Aunque su voz se suavice o gruña,
Es siempre rica y profunda.
He aquí su encanto y su secreto.

Esa voz, que gotea y se filtra
En mi interior más tenebroso,
Me colma como un verso abundante
Y me alegra como una pócima.

Adormece los más crueles males
Y contiene todos los éxtasis;
Para decir las más largas frases
No necesita de palabras.

No, no hay un arco que hiera
mi corazón, instrumento perfecto,
Y haga más majestuosamente
Cantar su más vibrante cuerda,

Como tu voz, gato misterioso,
Gato seráfico, gato extraño,
En que todo es, como en un ángel,
¡Tan sutil como armonioso!

II

-De su piel rubia y morena
Brota un perfume tan dulce, que una noche
Quedé embalsamado, por haberlo
Acariciado una vez, solo una.

Es el espíritu familiar del lugar;
Juzga, preside, inspira
Todas las cosas en su reino;
¿Es mago tal vez, un dios acaso?

Cuando mis ojos, hacia ese gato que amo
Y que encuentro en mi propio interior,
Se vuelven dócilmente,
Atraidos como por un imán,

Veo con asombro
El brillo de sus pupilas pálidas,
Claras farolas, ópalos vivos,
Que me contemplan fijamente.

Charles Baudelaire
(Versión de Pedro Casas Serra)

martes, 4 de agosto de 2015

“Les fleurs du mal”, LE POISON, de Charles Baudelaire

XLV. LE POISON

Le vin sait revêtir le plus sordide bouge
….........D'un luxe miraculeux,
Et fait surgir plus d'un portique fabuleux
….........Dans l'or de sa vapeur rouge,
Comme un soleil couchant dans un ciel nébuleux.

L'opium agrandit ce qui n'a pas de bornes,
….........Allonge l'illimité,
Approfondit le temps, creuse la volupté,
….........Et de plaisirs noirs et mornes
Remplit l'âme au-delà de sa capacité.

Tout cela ne vaut pas le poison qui découle
….........De tes yeux, de tes yeux verts,
Lacs où mon âme tremble et se voit à l'envers...
….........Mes songes viennent en foule
Pour se désaltérer à ces gouffres amers.

Tout cela en vaut pas le terrible prodige
….........De ta salive qui mord,
Qui plonge dans l'oubli mon âme sans remord,
….........Et, charriant le vertige,
La roule défaillance aux rives de la mort!

Charles Baudelaire, Les fleurs du mal, 1837.


XLV. EL VENENO

El vino sabe ornar el tugurio más sórdido
….........De un lujo portentoso,
Y más de un fabuloso pórtico hace surgir
….........Del haz de su gas rojo,
Como un sol que se pone en un cielo nublado.

El opio agranda aún más lo que no tiene límites,
….........Prolonga el infinito,
Hace abismal el tiempo, ahonda el hedonismo,
….........Y de oscuros placeres
Más allá, llena el alma, de su capacidad.

Pero nada es igual al veneno que emana
….........De tus ojos, tan verdes,
Lagos donde mi alma se refleja al revés...
….........Vienen todos mis sueños
En tropel a abrevarse en tus amargos piélagos.

Pero nada es igual al terrible prodigio
….........De tu ácida saliva,
Que hunde en el olvido a mi alma sin pesar,
….........Y, acarreando el vértigo,
¡La empuja flaqueante al borde de la muerte!

Charles Baudelaire
(Versión de Pedro Casas Serra)

domingo, 2 de agosto de 2015

“Les fleurs du mal”, Que diras-tu ce soir, pauvre âme solitaire..., de Charles Baudelaire

XXXVII.

Que diras-tu ce soir, pauvre âme solitaire,
Que diras-tu, mon coeur, coeur autrefois flétri,
A la très-belle, à la très-bonne, à la très-chère,
Dont le regard divin t'a soudain refleuri?

-Nous mettrons notre orgueil à chanter ses louanges:
Rien en vaut la doucer de son autorité;
Sa chair spirituelle a le parfum des Anges,
Et son oeil nous revêt d'un habit de clarté.

Que ce soit dans la nuit et dans la solitude,
Que ce soit dans la rue et dans la multitude,
Son fantôme dans l'air danse comme un flambeau.

Parfois il parle et dit: “Je suis belle, et j'ordonne
Que pour l'Amour de moi vous n'aimiez que le Beau;
Je suis l'Ange gardien, la Muse et la Madone.”

Charles Baudelaire, Les fleurs du mal, 1837.


XXXVII.

¿Qué dirás esta noche, pobre alma solitaria,
Qué dirás, corazón, marchito en otro tiempo,
A la muy bella, a la muy buena, a la muy cara,
Cuyo mirar divino te ha hecho rebrotar?

-Pondremos nuestro orgullo a entonar sus loores:
Nada iguala en dulzura a su autoridad;
Su carne espiritual tiene aroma de Ángel,
Y sus ojos nos visten de un hábito de luz.

Bien sea por la noche, bien en la soledad,
Bien sea por la calle o entre la multitud,
Su fantasma en el aire baila como una llama.

A veces habla y dice: “Yo soy Bella, y ordeno
Que por Amor a mí no améis sino lo Bello;
Soy el Ángel guardián, la Musa y la Madona.”

Charles Baudelaire
(Versión de Pedro Casas Serra)

sábado, 1 de agosto de 2015

“Les fleurs du mal”, Je te donne ces vers afin que si mon nom..., de Charles Baudelaire

XXXV.

Je te donne ces vers afin que si mon nom
Aborde heureusement aux époques lointaines,
Et fait rêver un soir les cervelles humaines,
Vaisseau favorisé par un grand aquilon,

Ta mémoire, pareille aux fables incertaines,
Fatigue le lecteur ainsi qu'un tympanon,
Et par un fraternel et mystique chaînon
Reste comme pendue à mes rimes hautaines;

Être maudit à qui, de l'abîme profond
Jusqu'au plus haut du ciel, rien, hors moi, ne répond!
-Ô toi qui, comme une ombre à la trace éphémère,

Foules d'un pied léger et d'un regard serein
Les stupides mortels qui t'ont jugée amère,
Statue aux yeux de jais, grand ange au front d'airain!

Charles Baudelaire, Les fleurs du mal, 1837.
 

XXXV.

Estos versos te entrego por si acaso mi nombre
Alcanza por fortuna las épocas futuras,
Y hace soñar de noche a las mentes humanas,
Cual bajel empujado por un fuerte aquilón,

Tu gloria, semejante a fábulas inciertas,
Canse al lector igual que el eco de un tambor,
Y por un fraternal y místico eslabón
Quede como colgada de mis rimas altivas;

¡Maldito ser a quien, desde el profundo abismo
Hasta el cielo más alto, solo yo te responde!
-Oh tú que, como sombra de una efímera huella,

Pisas con pie ligero y mirada serena
Los cretinos mortales que te han juzgado amarga,
¡Estatua de ojos jade, ángel de piel broncínea!

Charles Baudelaire
(Versión de Pedro Casas Serra)