jueves, 30 de julio de 2015

“Les fleurs du mal”, LE CHAT (Viens, mon beau chat, sur mon coeur amoureux...), de Charles Baudelaire

XXXIII. LE CHAT

Viens, mon beau chat, sur mon coeur amoureux;
Retiens les griffes de ta patte,
Et laisse-moi plonger dans tes beaux yeux,
Mêlés de métal et d'agate.

Lorsque mes doigts caressent à loisir
Ta tête et ton dos élastique,
Et que ma main s'enivre du plaisir
De palper ton corps électrique,

Je vois ma femme en esprit. Son regard,
Comme le tien, aimable bête,
Profond et froid, coupe et fend comme un dard,

Et, des pieds jusques à la tête,
Un air subtil, un dangereux parfum,
Nagent autour de son corps brun.

Charles Baudelaire, Les fleurs du mal,1837.


XXXIII. EL GATO

Ven, bello gato, a mi amoroso pecho;
Retén las uñas de tu pata,
Deja que me sumerja en tus hermosos ojos,
Mezcla de metal y de ágata.

Cuando mis dedos palpan con sosiego
Tu cabeza y tu lomo elástico,
Y mi mano se embriaga de placer
Al acariciar tu cuerpo eléctrico,

Creo ver a mi mujer. Su mirada,
Como la tuya, amable bestia,
Profunda y fría, corta y hiere cual dardo,

Y, de los pies a la cabeza,
Un sutil aire, un peligroso aroma,
Bogan en torno a su cuerpo moreno.

Charles Baudelaire
(Versión de Pedro Casas Serra)

“Les fleurs du mal”, REMORDS POSTHUME, de Charles Baudelaire

XXXII. REMORDS POSTHUME

Lorsque tu dormiras, ma belle ténébreuse,
Au fond d'un monument construit en marbre noir,
Et losque tu n'auras pour alcôve et manoir
Qu'un caveau pluvieux et qu'une fosse creuse;

Quand la pierre, opprimant ta poitrine peureuse
Et tes flancs qu'assouplit un charmant nonchaloir,
Empêchera ton coeur de batre et de vouloir,
Et tes pieds de courir leur course aventureuse,

Le tombeau, confident de mon rêve infini
(Car le tombeau torujours comprendra le poëte),
Durant ces grandes nuits d'où le somme est banni,

Te dira: “Que vous sert, courtisane imparfaite,
De n'avoir pas connu ce que pleurent les morts?”
-Et le ver rongera ta peau comme un remords.

Charles Baudelaire, Les fleurs du mal, 1837.


XXXII. REMORDIMIENTO PÓSTUMO

Cuando tu dormirás, mi bella tenebrosa,
Al fondo de un sepulcro construido en mármol negro,
Y cuando no tendrás por alcoba y morada
Sino un panteón húmedo y una vacía fosa;

Cuando la piedra, hundiendo tu temeroso pecho
Y tus flancos que amansa una grata indolencia,
Vedará al corazón palpitar y querer,
Y a tus pies recorrer su curso aventurero,

La tumba, confidente de mi sueño infinito
(Porque la tumba siempre comprenderá al poeta),
En esas largas noches en que el sueño no llega,

Te dirá: “¿De que sirve, cortesana imperfecta,
que no hayas conocido lo que lloran los muertos?”
-Y te roerá el gusano como un remordimiento.

Charles Baudelaire
( Versión de Pedro Casas Serra)

miércoles, 29 de julio de 2015

“Les fleurs du mal”, DE PROFUNDIS CLAMAVI, de Charles Baudelaire

XXVIII. DE PROFUNDIS CLAMAVI

J'implore ta pitié, Toi, l'unique que j'aime,
Du fond du gouffre obscur où mon coeur est tombé.
C'est un univers morne à l'horizon plombé,
Où nagent dans la nuit l'horreur et le blasphème;

Un soleil sans chaleur plane au-dessus six mois,
Et les six autres mois la nuit couvre la terre;
C'est un pays plus nu que la terre polaire;
-Ni bêtes, ni ruisseaux, ni verdorure, ni bois!

Or il n'est pas d'horreur au monde qui surpasse
La froide cruauté de ce soleil de glace
Et cette immense nuit semblable au vieux Chaos;

Je jalouse le sort des plus vils animaux
Qui peuvent se plonger dans un sommeil stupide,
Tant l'écheveau du temps lentement se dévide!

Charles Baudelaire, Les fleurs du mal, 1837.


XXVIII. DE PROFUNDIS CLAMAVI

Yo imploro tu piedad, Tú, mi único amor,
Desde el oscuro abismo en que se halla mi alma.
Es triste el universo de plomizo horizonte,
Donde en la noche nadan imprecación y horror;

Por encima, seis meses, planea un sol helado,
Y los otros seis meses cubre el mundo la noche;
Es un país más mísero que la tierra polar;
-¡Ni animales, ni arroyos, ni bosques, ni verdor!

No hay horror en el mundo que alcance a superar
La fría crueldad de este astro de hielo
Y esta noche infinita que se asemeja al Caos;

Yo envidio la fortuna de las bestias más viles
Que pueden sumergirse en cretino sopor,
¡Qué lenta se devana la madeja del tiempo!

Charles Baudelaire
(Versión de Pedro Casas Serra)

martes, 28 de julio de 2015

“Les fleurs du mal”, Avec ses vêtements ondoyants et nacrés..., de Charles Baudelaire

XXV.

Avec ses vêtements ondoyants et nacrés,
Même quand elle marche on croirait qu'elle danse,
Comme ces longs serpents que les jongleurs sacrés
Au bout de leurs bâtons agitent en cadence.

Comme le sable morne et l'azur des déserts,
Insensibles tous deux à l'humaine souffrance,
Comme les longs réseaux de la houle des mers,
Elle se développe avec indifférence.

Ses yeux polis son faits de minéraux charmants,
Et dans cette nature étrange et symbolique
Où l'ange inviolé se mêle au sphinx antique,

Où tout n'est qu'or, acier, lumière et diamants,
Resplendit à jamais, comme un astre inutile,
La froide majesté de la femme stérile.

Charles Baudelaire, Les fleurs du mal, 1837.


XXV.

Con sus indumentarias flotantes e irisadas
Incluso cuando anda se diría que baila,
Como largas serpientes que juglares sagrados
Agitan en cadencia al final de sus varas.

Como la arena triste y el azul del desierto,
Insensibles los dos al mortal sufrimiento,
Como las amplias redes del oleaje marino,
Ella vive y se mueve con total indolencia.

Minerales preciosos son sus lucientes ojos,
Y en tal naturaleza misteriosa y simbólica
Inviolado ángel se mezcla a esfinge antigua,

Donde no hay más que luz, oro, acero, diamantes,
Eternamente brilla, como una estrella inútil,
La fría majestad de la mujer estéril.

Charles Baudelaire
(Versión de Pedro Casas Serra)

lunes, 27 de julio de 2015

“Les fleurs du mal”, Je t'adore à l'égal de la voûte nocturne..., de Charles Baudelaire

XXII.

Je t'adore à l'égal de la voûte nocturne,
Ô vase de tristesse, ô grande taciturne,
Et t'aime d'autant plus, belle, que tu me fuis,
Et que tu me parais, ornement de mes nuits,
Plus ironiquement accumuler les lieues
Qui séparent mes bras des immensités bleues.

Je m'avance à l'attaque, et je grimpe aux assauts,
Comme après un cadavre un choeur de vermisseaux,
Et je chéris, ô bête implacable et cruelle!
Jusqu'à cette froideur par où tu m'es plus belle!

Charles Baudelaire, Les fleurs du mal, 1837.


XXII.

Yo te adoro al igual que a la nocturna bóveda,
Oh jarrón de tristeza, oh enorme taciturna,
Y tanto más te amo, bella, cuanto más me huyes,
Y me pareces tú, ornato de mis noches,
Más ironicamente aumentar la distancia
Que separa mis brazos de azules infinitos.

Me adelanto al ataque, y te escalo al asalto,
Como con un cadáver un coro de lombrices,
¡Y yo te quiero, oh fiera implacable y cruel!
¡Hasta esa frialdad que te hace más bella!

sábado, 25 de julio de 2015

“Les fleurs du mal”, PARFUM EXOTIQUE, de Charles Baudelaire

XXI. PARFUM EXOTIQUE

Quand, les deux yeux fermés, en un soir chaud d'automne,
Je respire l'odeur de ton sein chalereux,
Je vois se dérouler des rivages heureux
Qu'éblouissent les feux d'un soleil monotone;

Une île paresseuse où la nature donne
Des arbres singuliers et des fruits savoureux;
Des hommes dont le corps est mince et vigoureux,
Et des femmes dont l'oeil par sa franchise étonne.

Guidé par ton odeur vers de charmants climats,
Je vois un port rempli de voiles et des mâts
Encor tout fatigués par la vague marine,

Pendant que le parfum des verts tamariniers,
Qui circule dans l'air et m'enfle la narine,
Se mêle dans mon âme au chant des mariniers.

Charles Baudelaire, Les fleurs du mal, 1837.


XXI. PERFUME EXÓTICO

En las noches de otoño, si con ojos cerrados,
Yo respiro el olor de tu cálido seno,
Veo delinearse felices litorales
Que deslumbran los fuegos de un monótono sol;

Una isla perezosa donde Naturaleza
Ofrece árboles raros y de sabrosos frutos;
Hombres que tienen cuerpos flacos y vigorosos,
Y mujeres de ojos cuya franqueza asombra.

Guiado por tu olor hacia hechiceros climas,
Veo un puerto colmado de velas y de mástiles
Todavía cansados del oleaje del mar,

Mientras que la fragancia de verdes tamarindos,
Que circula en el aire y mi nariz dilata,
En mi alma se mezcla a sones marineros.

Charles Baudelaire
(Versión de Pedro Casas Serra)

jueves, 23 de julio de 2015

“Les fleurs du mal”, LES BIJOUX, de Charles Baudelaire

XX. LES BIJOUX

La très-chère était nue, et, connaissant mon coeur,
Elle n’avait gardé que ses bijoux sonores,
Dont le riche attirail lui donnait l’air vainqueur
Qu’ont dans leurs jours heureux les esclaves des Mores.

Quand il jette en dansant son bruit vif et moqueur,
Ce monde rayonnant de métal et de pierre
Me ravit en extase, et j’aime à la fureur
Les choses où le son se mêle à la lumière.

Elle était donc couchée et se laissait aimer,
Et du haut du divan elle souriait d’aise
À mon amour profond et doux comme la mer,
Qui vers elle montait comme vers sa falaise.

Les yeux fixés sur moi, comme un tigre dompté,
D’un air vague et rêveur elle essayait des poses,
Et la candeur unie à la lubricité
Donnait un charme neuf à ses métamorphoses;

Et son bras et sa jambe, et sa cuisse et ses reins,
Polis comme de l’huile, onduleux comme un cygne,
Passaient devant mes yeux clairvoyants et sereins;
Et son ventre et ses seins, ces grappes de ma vigne,

S’avançaient, plus câlins que les Anges du mal,
Pour troubler le repos où mon âme était mise,
Et pour la déranger du roche de cristal
Où, calme et solitaire, elle s’était assise.

Je croyait voir unis pour un noveau dessin
Les hanches de l’Antiope au buste d’un imberbe,
Tant sa taille faisait ressortir son bassin.
Sur ce teint fauve et brun le fard était superbe!

- Et la lampe s’étant résignée à mourir,
Comme le foyer seul illuminait la chambre,
Chaque fois qu’il poussait un flamboyant soupir,
Il inondait de sang cette peau couleur d’ambre!

Charles Baudelaire, Les fleurs du mal, 1837.


XX. LAS ALHAJAS

La querida, desnuda, conociendo mi amor,
No conservaba encima sino alhajas sonoras,
Cuyo adorno le daba el aire vencedor
Que en sus días felices tienen las siervas moras.

Cuando arroja al bailar su ruido alegremente,
Ese mundo radiante de metales bruñidos,
Me deja embelesado, pues amo locamente
Aquello en que se mezcla la luz con el sonido.

Ella estaba acostada y se dejaba amar,
Y subida al diván veía sin enfado
A mi amor hondo y dulce, igual como la mar,
Que hacía ella crecía como a un acantilado.

Fijos en mí sus ojos, como un tigre domado,
Indecisa y calmosa, posturas ensayaba,
Y la lubricidad, a su candor sumado,
A sus transformaciones un nuevo encanto daba.

Y sus brazos y piernas, sus muslos y caderas,
Pulidos como aceite, cual cisnes ondulados,
Muy claro se rendían a mi vista severa;
Y su vientre y sus senos, racimos afrutados,

Venían, más mimosos que Ángeles del mal,
A turbar el reposo donde mi alma se hallaba,
Y para desprenderla del claro roquedal
Donde tranquila y sola, anclada se encontraba.

En un nuevo dibujo unidos ver creía
Las caderas de Antíope al pecho de una nena,
Sobresalir su pelvis tanto su talle hacía.
!Soberbia era su herida, sobre su tez morena!

-Y estando la bujía a punto de morir,
Como sólo el hogar la pieza iluminaba,
Cada vez que un suspiro, flameante hacia surgir,
!La piel color de ámbar de sangre se inundaba!

Charles Baudelaire
(Versión de Pedro Casas Serra)

miércoles, 22 de julio de 2015

“Les fleurs du mal”,LA GÉANTE , de Charles Baudelaire

XIX. LA GÉANTE

Du temps que la Nature en sa verve puissante
Concevait chaque jour des enfants monstrueux,
J'eusse aimé vivre auprès d'une jeune géante,
Comme aux pieds d'une reine un chat voluptueux.

J'eusse aimé voir son corps fleurir avec son âme
Et grandir librement dans ses terribles jeux;
Deviner si son coeur couve une sombre flamme
Aux humides brouillards qui nagent dans ses yeux;

Parcourir à loisir ses magnifiques formes;
Ramper sur le versant de ses genoux énormes,
Et parfois en été, quand les soleils malsains,

Lasse, la font s'étendre à travers la campagne,
Dormir nonchalamment à l'ombre de ses seins,
Comme un hameau paisible au pied d'une montagne.

Charles Baudelaire, Les fleurs du mal, 1837.


XIX. LA GIGANTA

Cuando Naturaleza en su pujante impulso
Creaba cada día criaturas monstruosas,
Hubiera deseado juntarme a una giganta,
Como al pie de una reina un gato voluptuoso.

Verla hubiera querido brotar en cuerpo y alma
Y así libre crecer en sus terribles juegos;
Prever si el corazón incuba oscura llama
En las húmedas nieblas que nadan en sus ojos;

Con calma recorrer sus magníficas formas;
Trepar por la vertiente de sus grandes rodillas,
Y a veces en verano, cuando malsanos soles,

Lasa, la hacen tumbarse a través de los campos,
Dormir tranquilamente amparado en sus senos,
Como apacible aldea al pie de una montaña.

Charles Baudelaire
(Versión de Pedro Casas Serra)

martes, 21 de julio de 2015

“Les fleurs du mal”, L'ENNEMI, de Charles Baudelaire

X. L'ENNEMI

Ma jeunesse ne fut qu'un ténébreux orage,
Traversé ça et là par de brillants soleils;
Le tonnerre et la pluie on fait un tel ravage,
Qu'il reste en mon jardin bien peu de fruits vermeils.

Voilà que j'ai touché l'automne des idées,
Et qu'il faut employer la pelle et les râteaux
Pour rassembler à neuf les terres inondées,
Où l'eau creuse des trous grands comme des tombeaux.

Et qui sait si les fleurs nouvelles que je rêve
Trouveront dans ce sol lavé comme une grève
Le mystique aliment qui ferait leur vigueur?

-O douleur! Ô douleur! Le Temps mange la vie,
Et l'obscur Ennemi qui nous ronge le coeur
Du sang que nous perdons croît et se fortifie!

Charles Baudelaire, Les fleurs du mal, 1837.


X. EL ENEMIGO

Mi juventud no fue sino oscura tormenta,
Atravesada a veces por soles cegadores;
Los rayos y la lluvia causaron tal estrago,
Que queda en mi jardín poca fruta en sazón.

He alcanzado el otoño total de las ideas,
Y es necesario usar la pala y el rastrillo
Para reunir de nuevo las tierras anegadas
Donde hizo el agua hoyos tan grandes como tumbas.

¿Quién sabe si las flores nuevas con las que sueño
Sacarán de este suelo lavado como arena
El místico alimento que les daría vigor?

-¡Oh dolor! ¡Oh dolor! Come el Tiempo la vida,
Y el oscuro Enemigo que nos roe el corazón
Con la sangre gastada crece y se fortifica!

Charles Baudelaire
(Versión de Pedro Casas Serra)

lunes, 20 de julio de 2015

“Les fleurs du mal”, L'HOMME ET LA MER, de Charles Baudelaire

XIV. L'HOMME ET LA MER

Homme libre, toujours, tu chériras la mer!
La mer est ton miroir; tu contemples ton âme
Dans le déroulement infini de sa lame,
Et ton esprit n'est pas un gouffre moins amer.

Tu te plais à plonger au sein de ton image;
Tu l'embrasses des yeux et des bras, et ton coeur
Se distrait quelquefois de sa propre rumeur
Au bruit de cette plainte indomptable et sauvage.

Vous êtes tous les deux ténébreux et discrets:
Homme, nul n'a sondé le fond de tes abîmes,
Ô mer, nul ne connaît tes richesses intimes,
Tant vous êtes jaloux de garder vos secrets!

Et cependant voilà des siècles innombrables
Que vous vous combattez sans pitié ni remord,
Tellement vous aimez le carnage et la mort,
Ô lutteurs éternels, ô frères implacables!

Charles Baudelaire, Les fleurs du mal, 1837.


XIV. El HOMBRE Y LA MAR

¡Hombre libre, tú siempre amarás a la mar!
La mar, tu espejo es; tú contemplas tu alma
En el desplazamiento eterno de sus olas,
Pues tu espíritu no es abismo menos agrio.

Te agrada sumergirte en lo hondo de tu imagen;
La abrazas con los ojos, brazos, y el corazón
A veces se distrae de su propio rumor
Al ruido de esa queja indomable y salvaje.

Ambos sois a la vez sombríos y discretos:
Hombre, nadie ha llegado al fondo de tu abismo,
Oh mar, nadie conoce tus riquezas más íntimas,
¡Ambos sois tan celosos guardando los secretos!

Y sin embargo hace innumerables siglos
Que os libráis en combate sin piedad ni atrición,
De tal manera amáis la masacre y la muerte,
¡Luchadores eternos, hermanos implacables!

Charles Baudelaire
(Versión de Pedro Casas Serra)

domingo, 19 de julio de 2015

“Les fleurs du mal”, LA VIE ANTÉRIEURE, de Charles Baudelaire

XII. LA VIE ANTÉRIEURE

J'ai longtemps habité sous de vastes portiques
Que les soleils marins teignaient de mille feux,
Et que leurs grands piliers, droits et majestueux,
Rendaient pareils, le soir, aux grottes basaltiques.

Les houles, en roulant les images des cieux,
Mêlaient d'une façon solennelle et mystique
Les tout-puissants accords de leur riche musique
Aux couleurs du couchant reflété par mes yeux.

C'est là que j'ai vécu dans les voluptés calmes,
Au milieu de l'azur, des vagues, des splendeurs
Et des esclaves nus, tout imprégnés d'odeurs,

Qui me rafraîchissaient le front avec des palmes,
Et dont l'unique soin était d'approfondir
Le secret douloureux qui me faisait languir.

Charles Baudelaire, Les fleurs du mal, 1937.


XII. LA VIDA ANTERIOR

Mucho tiempo he vivido bajo ciclópeos pórticos
Que los soles marinos teñían de mil fuegos,
Cuyos grandes pilares, majestuosos y rectos,
Por la tarde, evocaban cavidades basálticas.

Oleajes, volteando imágenes celestes,
Mezclaban de algún modo entre solemne y místico
Los potentes acordes de su abundante música
Al color del ocaso reflejado en mis ojos.

Ahí es donde he vivido en tranquilo erotismo,
En medio del azul, de olas, de esplendores
Y de esclavos desnudos, impregnados de olores.

Quienes me refrescaban la frente con abanos,
Y cuyo único esmero era profundizar
El dolor que en secreto me hacia languidecer.

Charles Baudelaire
(Versión de Pedro Casas Serra)

sábado, 18 de julio de 2015

“Les fleurs du mal”, ÉLÉVATION, de Charles Baudelaire

III. ÉLÉVATION

Au-dessus des étangs, au-dessus des vallées,
Des montagnes, des bois, des nuages, des mers,
Par delà le soleil, par-delà les éthers,
Par delà les confins des sphères étoilées,

Mon esprit, tu te meus avec agilité,
Et, comme un bon nageur qui se pâme dans l'onde,
Tu sillonnes gaiement l'immensité profonde
Avec une indicible et mâle volupté.

Envole-toi bien loin de ces miasmes morbides;
Va te purifier dans l'air supérieur,
Et bois, comme une pure et divine liqueur,
Le feu clair qui remplit les espaces limpides.

Derrière les ennuis et les vastes chagrins
Qui chargent de leur poids l'existence brumeuse,
Hereux celui qui peut d'une aile vigoureuse
S'élancer vers les champs lumineux et sereins;

Celui dont les pensers, comme des alouettes,
Vers les cieux le matin prennent un libre essor,
-Qui plane sur la vie, et comprend sans effort
Le langage des fleurs et des choses muettes.

Charles Baudelaire (Les fleurs du mal, 1837)


III. ELEVACIÓN

Por encima de lagos, por encima de valles,
De montañas, de bosques, de nubes y de mares,
Más allá de este sol, más allá de los éteres,
Más alla de confines de esferas estrelladas,

Te desplazas, espíritu, con gran agilidad,
Y, como nadador que se arroba en la ola,
Alegremente surcas la inmensidad profunda
Con un indescriptible y viril hedonismo.

Elévate bien lejos de estos mórbidos miasmas;
Vete a purificar al aire superior,
Y bebe, como un puro y divino licor,
El claro ardor que llena los límpidos espacios.

Detrás de los hastíos y los vastos pesares
Que cargan con su peso la existencia brumosa,
Feliz aquel que puede con ala vigorosa
Lanzarse hacia los campos luminosos y calmos;

Aquel cuyas ideas, igual que las alondras,
De mañana hacia el cielo toman un libre impulso,
-Que planea la vida, y sabe sin esfuerzo
La lengua de las flores y de las cosas mudas.

Charles Baudelaire
(Versión de Pedro Casas Serra)

viernes, 17 de julio de 2015

“Les fleurs du mal”, AU LECTEUR, de Charles Baudelaire

AU LECTEUR

La sottise, l'erreur, le péché, la lésine,
Occupent nos esprits et travaillent nos corps,
Et nous alimentons nos aimables remords,
Comme les mendiants nourrissent leur vermine.

Nos péchés son têtus, nos repentirs sont lâches;
Nous nous faisons payer grassement nos aveux,
Et nous rentrons gaîment dans le chemin bourbeux,
Croyant par des vils pleurs laver toutes nos taches.

Sur l'oreiller du mal c'est Satan Trismégiste
Qui berce longuement notre esprit enchanté,
Et le riche métal de notre volonté
Est tout vaporisé par ce savant chimiste.

C'est le Diable qui tient les fils qui nous remuent!
Aux objets répugnants nous trouvons des appas;
Chaque jour vers l'Enfer nous descendons d'un pas,
Sans horreur, à travers des ténèbres qui puent.

Ainsi qu'un débauché pauvre qui baise et mange
Le sein martyrisé d'une antique catin,
Nous volons au passage un plaisir clandestin
Que nous pressons bien fort comme une vieille orange.

Serré, fourmillant, comme un million d'helminthes,
Dans nos cerveaux ribote un peuple de Démons,
Et, quand nous respirons, la Mort dans nos poumons
Descend, fleuve invisible, avec de sourdes plaintes.

Si le viol, le poison, le poignard, l'incendie,
N'ont pas encor brodé de leurs plaisants dessins
Le canevas banal de nos piteux destins,
C'est que notre âme, hélas! n'est pas assez hardie.

Mais parmi les chacals, les panthères, les lices,
Les singes, les scorpions, les vautours, les serpents,
Les monstres glapissants, hurlans, grognants, rampants,
Dans la ménagerie infâme de nos vices,

Il en est un plus laid, plus méchant, plus immonde!
Quoiqu'il ne pousse ni grands gestes ni grands cris,
Il ferait volontiers de la terre un débris
Et dans un bâillement avalerait le monde;

C'est l'Ennui! -l'oeil chargé d'un pleur involontaire,
Il rêve d'échafauds en fumant son houka.
Tu le connais, lecteur, ce monstre délicat,
-Hypocrite lecteur. -mon semblable, -mon frère!

Charles Baudelaire (Les fleurs du mal, 1837)


AL LECTOR

Torpeza, falsedad, pecado y mezquindad
Ocupan nuestras almas y alteran nuestros cuerpos
y nutrimos amables nuestros remordimientos,
Como los pordioseros alimentan sus piojos.

Nuestras culpas son tercas, nuestros pesares tímidos;
Exigimos con creces precio a las confesiones,
Y alegres regresamos al camino fangoso,
Creyendo con vil llanto enjuagar nuestras culpas.

En la almohada del mal es Satán Trigemisto
quien mece largamente nuestro ánimo hechizado,
Y el valioso metal de nuestra voluntad
Todo es evaporado por este sabio químico.

¡El Diablo maneja los hilos que nos mueven!
Encontramos encanto a objetos répugnantes;
Cada día al Infierno descendemos un paso,
Sin horror, a través de tinieblas que hieden.

Cual libertino pobre que besa y se alimenta
Del maltratado seno de una vieja ramera,
Robamos al pasar un placer clandestino
Que exprimimos bien fuerte como naranja seca.

Apretado, repleto, como un millón de helmintos,
Vive en nuestro cerebro un pueblo de Demonios,
Y, cuando respiramos, la Muerte a los pulmones
Baja, río invisible, con silenciosas quejas.

Si el estupro, el veneno, el puñal, el incendio,
Aún no han recamado de agradables dibujos
El banal cañamazo de nuestros tristes sinos,
Es que nuestra alma, ¡ay!, no es bastante atrevida.

Pero entre los chacales, las panteras, los linces,
Las monas, escorpiones, los buitres, las serpientes,
Los monstruos que gañitan, aullan, gruñen, se arrastran
En la infame leonera de nuestras corrupciones,

¡Hay uno aún más feo, más malo, más inmundo!
Aunque no gesticule ni lance grandes gritos,
Gustosamente haría de la tierra pedazos
Y con solo un bostezo engulliría el mundo;

¡Es el Tedio! -en los ojos un falso lagrimeo,
Sueña con los cadalsos mientras fuma su pipa.
Lector, tu ya conoces tan delicado monstruo,
-¡Hipócrita lector. -mi prójimo, -mi hermano!

Charles Baudelaire
(Versión de Pedro Casas Serra)

jueves, 16 de julio de 2015

Añoranza: Mis manos

Miro mis manos
y veo las manos de mi padre.
Miro la piel de mis manos
y veo la piel de mi madre.

¿Dónde están mis manos?
¿Dónde está mi piel?
¿Dónde está mi corazón?
Pedro Casas Serra

miércoles, 15 de julio de 2015

Añoranza: Dejo constancia

Es agradable tomar el sol,
tumbado en el césped,
oyendo los pájaros
y oliendo las flores,
refugiarse a la sombra de un árbol,
refrescarse en un río,
bañarse en el mar...

Dejo constancia de ello
para las generaciones venideras,
cuando el sol no se pueda tomar,
ni haya césped,
ni pájaros, ni flores, ni árboles,
y en los mares y ríos no podamos bañarnos;
encerrados en nuestras construcciones
con aire acondicionado y sol artificial,
miraremos películas futuristas
donde saldrán árboles,
flores, césped, pájaros, ríos, mares.
Pedro Casas Serra

martes, 14 de julio de 2015

Añoranza: Pocas cosas hay...

Pocas cosas hay como entrar
en el mar despacio y que el agua
vaya subiendo por tu cuerpo
produciéndote diversas sensaciones
según la parte del mismo que alcanza,
nadar unas brazadas alejándote
de la orilla y dejarte balancear
haciendo el muerto, y si es un día
de ésos en los que hace resaca,
vencer la misma, y al llegar
donde rompen las olas, arrojarte
a la arena como un madero viejo.

Pedro Casas Serra

lunes, 13 de julio de 2015

Añoranza: El balancín

Es nuestra vida como una brisa suave
que apenas se levanta ya se apaga,
miramos hacia atrás y vemos la mañana,
miramos adelante y ya no vemos nada.

No ha mucho tiempo éramos sólo niños
inseguros al dar nuestros primeros pasos,
pronto otra vez iremos inseguros
y necesitaremos apoyo de otros brazos.

Aprendimos a amar mientras mamábamos,
nuestros cuerpos de adultos entregamos,
lo que quisieron darnos, recibimos,
y si algo nos queda, al fin lo exhalaremos.

No contaba el futuro cuando todo lo era,
vivimos luego eterno y estruendoso presente,
apareció el dolor y con él el pasado
y aprendimos a ver y a escuchar hacia adentro.

Íbamos proyectados por un impulso ciego,
todo lo resumían cuatro verdades ciertas,
llegaron las caídas y las desilusiones
y nos fuimos frenando al surgir las preguntas.

En la memoria queda la piel cálida y fresca,
los miembros que se estiran, los huecos que se llenan,
las mentes que se incendian, los sexos que gotean,
las sombras que se acortan cuando tan sólo la memoria queda.
Pedro Casas Serra

domingo, 12 de julio de 2015

Añoranza: El libro

¡He perdido el libro que te dejé, Celia!
Dijiste que lo leerías cuando te encontraras mejor...
¡Qué importa el libro que quedó sobre tu mesa!
Pedro Casas Serra

sábado, 11 de julio de 2015

Añoranza: Limonero

A Charo García Munera

Limonero, limonero,
¡cómo te quiero!

Pasa junto a él una niña,
¡ay, mi Charo!

De Sevilla, manzanilla,
¡vuelve, mi niña!

Pedro Casas Serra

viernes, 10 de julio de 2015

jueves, 9 de julio de 2015

Añoranza: Lamento a un amigo sobre una pérdida

He perdido el viento.

Ya sé que los vientos no se pierden,
que aparecen o desaparecen
arrecian o amainan,
pero yo lo digo como lo siento:
he perdido el viento.

Conocí al viento casualmente
y paulatinamente
me fui habituando a él;
me agradaba su forma
de envolverme
su ligereza, su frescura,
aunque aparentemente anárquico
era regular en sus presencias,
así
que empecé a esperar su llegada
y a lamentar su partida.

Hace algún tiempo
el viento empezó a fallar,
no venía con la misma
regularidad de antes
lo que presagiaba
un cambio de dirección
que finalmente se produjo.
Y dejó de soplar.

Por eso,
no te puede extrañar
que necesite desahogarme:
me falta el aire.

Ya sé que el viento es libre
como todo lo que vale la pena
en la naturaleza,
y que precisamente
por eso, es valioso,
pero yo también soy libre
de desahogar mis sentimientos,
que, 
aunque probablemente
tienen más que ver
con mi propia forma de ser
que con la falta del viento,
aún así,
no me hacen dejar
de echarlo de menos.

Pedro Casas Serra